Je suis en route pour Guibéroua pour une tournée d’information sur ma candidature pour la circonscription électorale 68: Dignago-Guiberoua-Galebouo. Comme vous le savez maintenant, le trajet est long de 4 heures. Une fois encore, je voudrais vous appeler à m’accompagner sur ce trajet en vous partageant cette autre réflexion.
Il s’agit d’un tout petit extrait de mon (troisième) ouvrage à paraître au deuxième trimestre 2026 et dont le titre provisoire est « Et Si l’Afrique Acceptait Enfin Le Développement ».
La réflexion va porter sur la stratégie de création monétaire pour financer l’économie dans nos pays. C’est un sujet très important et qui fait l’objet de débats permanents. Je me souviens d’une vidéo qui a bien circulé sur les réseaux sociaux où une dame se posait la question de la création monétaire en ces termes « si tout le monde a besoin d’argent, pourquoi on ne crée pas de l’argent pour le donner à tout le monde ».
C’est une question très logique et dont la réponse est à la base de la politique monétaire, c’est-à-dire de toutes les dispositions prises par les autorités pour créer l’argent et le mettre à la disposition des agents économiques.
La réponse simple qu’on peut donner à la préoccupation de la dame de la vidéo est que hélas, on ne peut créer de l’argent et le distribuer à la pelle, parce que l’argent perdrait sa valeur et ne servirait plus à rien. C’est ce phénomène qu’on appelle l’inflation ou l’hyperinflation.
On peut donc dire que la frontière de la création monétaire est l’inflation. Et c’est là que ça devient intéressant pour les pays africains. L’inflation y est-elle due à la masse monétaire ou à d’autres facteurs ?
Très clairement, l’inflation en Afrique provient de la capacité insuffisante de production des biens et services, ce qui entraîne l’importation massive de ces biens du reste du monde. Si l’inflation est due aux importations et au déficit de l’offre locale, alors cela signifie qu’on peut créer de l’argent en abondance en Afrique et le distribuer de manière stratégique pour renforcer le système de production locale.
C’est la thèse que je soutiens dans le texte ci-dessous. Ce sont les sujets comme ceux là qui nous impactent tous dont je me ferais l’avocat au parlement. L’Afrique doit avancer avec des parlementaires forts.
Nouveaux paradigmes de politiques monétaires : adapter les instruments aux réalités africaines
Les politiques monétaires mises en œuvre en Afrique ont longtemps suivi des modèles conçus pour les économies occidentales. Elles ont eu leur utilité, mais elles reposent sur des hypothèses — plein emploi, forte industrialisation, marchés financiers intégrés — qui ne correspondent pas aux réalités du continent.
Pour être réellement efficaces, les politiques monétaires africaines doivent désormais tenir compte des caractéristiques locales : une industrialisation limitée, une forte dépendance aux importations, un sous-emploi massif, une vulnérabilité aux chocs extérieurs et une grande sensibilité des prix au taux de change.
La crise de la COVID-19 a confirmé que même les pays les plus attachés à l’orthodoxie peuvent adapter ou suspendre leurs règles lorsqu’elles deviennent contre-productives. Ce qui a été considéré comme « exceptionnel » en Europe est, en Afrique, une situation quasi permanente. Cela justifie une refonte profonde de nos approches.
A. Leçon du Covid-19 : si l’Europe peut adapter ses règles, pourquoi pas l’Afrique ?
Lorsque la pandémie a frappé en 2020, l’Europe a subi une récession sévère. Pour y faire face, elle a mis de côté plusieurs de ses dogmes budgétaires et monétaires : un gigantesque plan de relance, des déficits publics exceptionnellement élevés, un endettement dépassant des niveaux longtemps jugés “intolérables”, et des interventions massives des banques centrales.
Cette flexibilité démontre une vérité essentielle : les règles économiques ne sont pas des dogmes immuables — elles doivent s’adapter aux circonstances.
Or, les crises décrites comme « exceptionnelles » en Europe (chômage soudain, effondrement de la demande, chocs d’offre) sont, en Afrique, des réalités structurelles et récurrentes.
L’Afrique doit donc construire ses politiques économiques à partir de ses priorités propres : industrialisation, création d’emplois, souveraineté productive, stabilité monétaire et croissance durable.
B. Pour une nouvelle architecture monétaire africaine
1. Repenser les dogmes actuels
Dans les économies avancées, la politique monétaire agit principalement sur la demande : augmenter les taux pour réduire les dépenses et calmer l’inflation. Ce mécanisme fonctionne lorsque l’économie tourne à plein régime.
En Afrique, l’inflation ne provient pas d’un excès de demande. Elle est principalement importée, aggravée par les dépréciations monétaires et alimentée par une production nationale insuffisante. Dans ces conditions, durcir la politique monétaire ne réduit pas l’inflation : cela ralentit surtout la croissance. La solution réside dans une politique monétaire orientée vers le développement.
2. Une politique monétaire tournée vers la capacité productive
Elle doit poursuivre trois objectifs : stabilité des prix, soutien à la croissance et stabilisation du taux de change. Pour y parvenir : réduire les taux directeurs de manière ciblée, renforcer les banques africaines, sécuriser les liquidités et refinancer les crédits destinés à l’investissement productif.
3. Une règle monétaire spécifiquement africaine
Le modèle proposé intègre l’inflation, la croissance et, pour les pays à change flexible, les variations du taux de change. Cette prise en compte est essentielle, car la moindre dépréciation provoque immédiatement une inflation importée. Une politique monétaire efficace doit intégrer cette contrainte.
4. Illustrations : Côte d’Ivoire (change fixe) et Ghana (change flexible)
Côte d’Ivoire : dans un régime de change fixe, l’inflation faible et la stabilité monétaire permettent une politique pro-croissance avec des taux bas. Cela facilite le financement de l’industrie, de l’agriculture et des infrastructures.
Ghana : la monnaie flexible l’expose aux dépréciations. Pour stabiliser le cedi, la banque centrale doit maintenir des taux élevés, ce qui limite l’accès au crédit productif. Des programmes ciblés sont nécessaires pour soutenir la production nationale et réduire la dépendance extérieure.
5. Comparaison et leçons
- Côte d’Ivoire : change stable, d’où une politique monétaire souple.
- Ghana : change volatil, ce qui entraîne une lutte permanente contre la dépréciation monétaire et une politique monétaire plus stricte.
Les deux pays visent 10 % de croissance, mais le coût monétaire pour y parvenir diffère radicalement. La politique monétaire africaine doit donc s’adapter au régime de change, à la structure productive et à la nature de l’inflation.
Conclusion
La réforme monétaire africaine doit se libérer des dogmes anciens et être résolument accommodante. Il est en effet possible qu’elle soit pro-croissance sans être inflationniste. Les pays africains à régime de change fixe comme la Côte d’Ivoire ont un avantage certain qu’il faut résolument transformer pour soutenir l’activité économique et obtenir un taux de croissance économique d’au moins 10% par an sur les 10 prochaines années.
Les pays à régime de change flexible comme le Ghana supportent un coût monétaire plus élevé à cause de la lutte presque quotidienne qu’ils doivent mener contre la dépréciation de leurs monnaies. Toutefois, la distribution de la masse monétaire vers les secteurs de production de substitution aux importations peut également permettre d’atteindre le niveau du taux de croissance économique souhaité.

