Billets de dix mille FCFA_La monnaie, c'est quoi ? - Article signé Guillaume Liby

La monnaie, qu’est-ce que c’est au fait ?

La question de la monnaie est très débattue dans notre région et très souvent de façon brumeuse. Nous allons tenter d’y voir plus clair pas à pas.

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1. La nécessité de la monnaie

L’échange des biens et services entre individus ou communautés est le premier objectif de la création de la monnaie. Au départ on échangeait les biens directement entre eux en fonction des besoins des uns et des autres. J’ai une orange, tu as du maïs, on fait l’échange. On appelle cela le TROC.

2. La nécessité de la simplification des échanges 

Ce n’est pas la distribution de la monnaie qui rend riche, c’est la capacité à échanger plus, à vendre beaucoup de choses à des gens qui en ont besoin.

—Guillaume Liby, économiste-banquier, homme politique—

La lourdeur du système de troc amène à la fabrication des premières pièces à base des métaux précieux comme l’or ou l’argent. La valeur des biens est alors exprimée par ces pièces. L’orange est vendue contre une pièce ou deux en fonction de la disponibilité des oranges. Donc on crée de la monnaie pour échanger et non pour rendre les gens riches ou pauvres. S’il n’y a rien à échanger, il n’est pas nécessaire de créer de la monnaie. Ce n’est pas la distribution de la monnaie qui rend riche, c’est la capacité à échanger plus, à vendre beaucoup de choses à des gens qui en ont besoin.

3. La dématérialisation de la monnaie et l’apparition des banques 

L’importance des échanges entraîne la nécessité de dématérialiser la monnaie. De nouvelles institutions appelées banques proposent de conserver les métaux précieux contre du papier représentant la valeur des métaux en conservation. Ces bouts de papier sont utilisés pour fixer les prix et acheter les biens et services. C’est ce système qu’on appelle L’ETALON-OR. 

4.  « La monétisation » du pouvoir politique 

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Après les destructions occasionnées par les deux guerres mondiales, les États-Unis, grands gagnants, (ils ont fourni les armes à tous les belligérants et les batailles se sont tenues loin de leur  sol) invitent les pays défaits et exsangues dans une ville appelée Bretton -Woods et leur intiment l’ordre suivant :  Désormais, pour les échanges en dehors de vos frontières, vous utiliserez ma monnaie à moi qui est le dollar. Et d’ailleurs ce sera la seule monnaie désormais qui équivaudra à l’OR ». C’est le système ETALON-OR-Dollar.

5. « La monétisation » du pouvoir économique

Le système Étalon OR-DOLLAR s’effondre en 1971 parce que tous les pays qui ont acquis des dollars en pensant les échanger avec de L’or se rendent compte que les américains n’ont pas suffisamment d’or pour tenir l’échange. Le président américain prend les devants et annonce que le dollar n’est plus lié à l’OR et que la valeur du dollar, donc des bouts de papier détenus dans le monde entier, est basée uniquement sur la puissance de l’économie américaine et de la confiance des opérateurs économiques. 

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Depuis cette date, la monnaie, toute monnaie ne vaut que par la puissance de l’économie qui l’émet et accessoirement par le positionnement géopolitique du pays.

6. La fluctuation des monnaies

Depuis la fin de l’étalon -or -dollar, la valeur des monnaies fluctue en fonction de la demande de cette monnaie par les opérateurs économiques du monde. Cette demande s’exerce sur un marché virtuel qu’on appelle le marché des changes. Le dollar y règne toujours en maître parce qu’il continue d’être la monnaie de référence des transactions internationales, bénéficie de la puissance et la stabilité de l’économie américaine ainsi que du positionnement géopolitique. La plupart des investisseurs publics et privés du monde achètent chaque jour des dollars pour accéder au plus grand marché financier et économique de la planète. En conséquence, la valeur du dollar est globalement forte.

7. Et notre FCFA dans tout ça ?

C’est aussi un bout de papier basé sur la loi prise par les autorités qui en fait le moyen des échanges à l’intérieur des pays CFA. Au-delà des frontières, il devient pratiquement un bout de papier sans effet comme bien de monnaies nationales dans le monde. 

Pour acheter à l’étranger (importations), il nous faut du dollar ou de l’euro. Et comme nous achetons beaucoup en euros historiquement, les européens nous promettent de mettre des euros à un taux fixe au FCFA, à notre disposition chaque fois que nous en aurons besoin pour nos achats. C’est le sens des accords monétaires du FCFA. Lorsque nous vendons à l’extérieur (exportations), nous facturons en dollar ou en euro parce que nous aurons besoin de ces dollars ou euros au moment de nos achats à l’extérieur (importations).  

Pour que le FCFA fasse l’objet de demande de la part des acteurs extérieurs, il faut produire beaucoup de biens de grande qualité dont la demande est élevée. Autrement, la valeur de cette monnaie serait en général en dévaluation avec des conséquences punitives sur les prix des biens importés. C’est donc la puissance de l’économie qui fait la valeur de la monnaie et non l’inverse.